TAFTA: Non merci !

« Quand les sociétés deviennent des supermarchés, les lois deviennent des étiquettes. »

800 millions de consommateurs pour un marché qui représente plus de 25% du PIB mondial, bienvenue dans la plus grande galerie marchande du globe: l’Europe. Mais avec ses normes, ses lois, ses barrières douanières, l’Europe reste un marché plutôt protégé et certains aimeraient bien le voir s’ouvrir totalement au monde, permettre le libre-échange entre les Etats-Unis et l’Europe, voilà l’objectif du Partenariat Trans-Atlantique de Commerce et d’Investissement, aussi appelé « TAFTA ».

119 milliards d’euros en plus dans l’économie européenne et plus de 100 milliards dans l’économie mondiale, voilà les promesses affichées par les défenseurs de TAFTA. Les exportations de l’Europe grimperaient de 6% et celles des Etats-Unis de 8%.

Mais comment un tel miracle est-il possible ? Difficile de le savoir, les négociations étant en cours, les documents relatifs au TAFTA ne sont consultables que dans quelques salles sécurisées où emprunt et prises de notes sont formellement interdits. Dès novembre 2011, un premier groupe de travail réunit les représentants des Etats et des entreprises américains et européens. Regardons plus précisément qui vient conseiller ces négociateurs:pour plus de 90% il s’agit d’entreprises, donc du secteur privé, contre moins de 6% pour les représentants de la société civile: ONG, associations de consommateurs ou de syndicats. Drôle de balance !

L’un des enjeux majeurs du TAFTA c’est la fameuse « harmonisation des normes commerciales », dans le concret, ça veut dire « aligner les règles ». Pour les voitures par exemple, si les normes nationales imposent deux tailles de pare-chocs différents il ne faudra n’en garder qu’une. Mais prenons l’agroalimentaire ! OGM, bœuf aux hormones, poulet au chlore: les normes sont bien différentes des deux côtés de l’atlantique ! Là aussi, TAFTA harmonisera tout cela avec un objectif « clair »: « Favoriser le commerce »…

 

Du coup, Croplife une fédération internationale de vente de graines et de pesticides en profite et affiche clairement ses besoins. La régulation européenne sur les pesticides menace près de 40% de ses ventes potentielles, »inacceptable ! » s’écrie Croplife. CQFD ?! TAFTA devra permettre de l’annuler ! Ben oui, car non seulement le traité prévoit l’ouverture totale du marché européen mais il y a encore « mieux »: TAFTA fournit un outil pour s’en assurer. Cela s’appelle « les tribunaux arbitraux », une sorte de justice à sens unique ou n’importe quelle entreprise peut attaquer un Etat et jamais l’inverse. Ce sont ensuite des arbitres, qui tranchent le contentieux et ces tribunaux arbitraux sont déjà en place ailleurs.

Philip MorrisPhilip Morris, a déjà ainsi attaqué l’Australie et l’Uruguay pour des campagnes anti-tabac… qu’ils considèrent discriminatoires. Les deux pays risquent d’ailleurs des amendes de plusieurs milliards de dollars.

lone pineIdem pour la société « Lone Pine Ressources », un gazier américain qui réclame plus de 220 millions de dollars au Canada. Pourquoi ? Parce que le Québec a signé un moratoire interdisant au nom de la protection de l’environnement l’exploitation des gaz de schiste dans sa province. Et devinez qui siège dans ces tribunaux arbitraux ? Des arbitres neutres bien-sûr… ou pas. On y trouve aussi des avocats d’affaires, habitués des intérêts industriels et même des lobbyistes, comme Daniel Price, ancien conseiller de l’ex-président George Bush et grand défenseur de Monsanto…

Derrière l’ouverture d’un grand marché Trans-atlantique, TAFTA opère une bascule fondamentale. Le contrat commercial l’emporte sur le contrat social et les tribunaux arbitraux sur les lois nationales. Après tout, dans une galerie commerciale, ce qui compte le plus, c’est le business non ?!

Containers: la vie en Boîtes

Dessiner des boîtes pour les moutons c’est bien, apparemment, les transporter c’est mieux…

« Je mesure 2 mètres 30 de haut pour une profondeur de près de 6 mètres, mon volume est de 33 Mètres cubes et je suis l’outil parfait de la mondialisation des échanges… Je suis je suis je suis ?? Un container. »

En 2005, 376 millions de containers avaient parcouru les mers du globe, crise ou pas, 7 ans plus tard, en 2012, le traffic mondial de ces mêmes containers dépassait les 600 millions d’unités. Voyons comment une boîte en métal est devenu l’étalon du transport mondial de marchandises !

mcleanTout commence par une bête histoire de bouchons. Patron d’une société de poids-lourds, l’américain Malcolm McLean décide de contourner les embouteillages en prenant le large. Partant d’une remorque, il supprime roues, essieux et chassis puis décide de la charger sur un ancien pétrolier. Le 26 avril 1956, son premier bateau quitte New York chargé de 58 containers de bières Ballantine, direction Houston au Texas. A l’arrivée c’est le jackpot, une tonne de bières transportées par voies maritimes revient à 37 fois moins cher que via les routes: Champagne !

idealxMcLean enfoncera le clou grâce à la guerre du Vietnam: en 1965 le port de Saigon est tellement engorgé que l’armée américaine peine à ravitailler ses troupes. McLean installe alors un autres port dans la baie de Can Cahn et sauve, deux ans plus tard les GI’s de la pénurie avec seulement 7 porte-containers, une démonstration parfaite, rapidement importée par l’industrie.

Dès les années 1980, le constructeur japonais Toyota réduit drastiquement ses stocks en s’appuyant sur la logique de rotation des containers, cette méthode appelée le « Juste à temps » fait des émules, entre 1980 et 2004, le volume global des biens stockés est passé de 25% à 13%. Adieu hangars… Avec un coût du transport en chute libre, tout devient plus simple ! Plus besoin de concentrer la production, chaque élément peut être fabriqué là où c’est le moins cher puis être transporté dans ces grandes boî-boîtes.

Tiens, prenons l’exemple de Mattel qui avait l’habitude de fabriquer ses jouets au Japon, en 1997, le plan global de production change tout cela: dix ans plus tard, l’entreprise fait tourner 13 usines en Thaïlande, en Malaisie, en Indonésie, en Chine, au Mexique… auxquelles s’ajoutent plus d’une trentaine de sous-traitants. Rien qu’en Chine, Mattel emploie plus de 60 000 à 80 000 personnes. Cerise sur le gâteau, ces containers permettent de simplifier le chargement et le déchargement des bateaux: en 1950, il fallait plusieurs jours pour vider un bateau de quelques tonnes, aujourd’hui des grues hautes de 61 mètres, de 9000 tonnes déchargent un container de 90 à 120 secondes soit 30 à 40 containers par heure. Efficace !

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Du coup, plus il y a de containers en circulation et plus les bateaux pour les transporter sont grands, à l’exemple du CSCL Globe, fabriqué par Hyundai, dernier monstre en date pesant près de 185 000 tonnes sur lequel le container peut embarquer près de 19 100 boîtes, de quoi contenir près de 185 millions de tablettes, soit  plus de 90% des ventes dans le monde en 2013 en un seul bateau… Un gros Père Noel dont le traîneau laisse quelques méchantes traces : le carburant utilisé par ce géant des mers rejette 2000 fois plus de Soufre que le Diesel. De quoi rejeter avec un seul container l’équivalent en pollution de 50 millions d’automobiles en une année. Mais à trop grandir, les porte-containers risquent de ne plus passer par les voies habituelles comme le Détroit de Malacca ou le Canal de Suez.

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« Heureusement » le changement climatique est là: durant l’été 2013, le Yang-Sheng fut le premier de ces bateaux à rejoindre Amsterdam depuis la Chine en longeant le cercle polaire, grâce à l’ouverture du nord-est rendue navigable par la fonte précoce des glaces arctiques. Une route 30% plus courte, autant de fuel d’économisé sur la traversée… après tout… il n’y a pas de petites économies pour satisfaire notre soif de consommation !